8.4.26

Tourniquet

Ecoutez, au stade où j'en suis, je suis quand même pas loin de me faire tatouer Tourniquet sur le front. En outre, le combo bretelles, bermuda, legging/collants est priceless.

Pour revenir à notre sujet préféré (parce que je sens que ça va bien prendre de l'espace, ce foutoir) (je ne vais pas foutre des trigger warnings sur toutes mes notes, donc je pense coller un parental advisory sur mon blog pour aller au plus simple) ; je pense que je vais tout écrire ici au fur et à mesure du merdier.

Ce qu'on ne dit pas dans ce genre de situation, c'est ce sentiment affreux, pénible, de se sentir à moitié taré. En fait, en nous, on sait très bien que si notre film était diffusé sur un grand écran, tout le monde marmonnerait "tire-toi" entre une gorgée de soda et la bouche pleine de pop-corn. Même moi, je le dirais. Le problème, c'est que ce n'est pas aussi simple. La solution a l'air simple, pourtant : casse-toi, maintenant, tout de suite. Et toute la tension, toute la friction résident entre la simplicité du mouvement et ce qui nous retient dedans. Notre cerveau se met à péter les plombs parce qu'il sait théoriquement ce qu'il faut faire (et que ça a l'air simple à faire) et réalise que l'humain, lui, n'y arrive pas des masses.

Alors qu'est-ce qui nous retient, au fond ? D'abord, faut savoir se bouffer l'idée que ça nous est bien arrivé. Ensuite, faut se bouffer l'idée (et crois-moi, cette étape est extrêmement longue) qu'en réalité, ce n'est pas de notre faute, qu'on aurait rien pu y changer de toute façon et que le problème, ce n'était pas nous. Cette étape est l'une des plus compliquées... aussi longtemps que tu penses que le souci vient de toi, aussi longtemps ça te donne une pseudo-liberté de mouvement et de contrôle ("peut-être que si je corrigeais ça chez moi bah ils ne seraient pas comme ça"). Alors que cette foutue phase n'est qu'un oasis dans le désert et que tu bois du sable pour étancher ta soif (et crois-moi, t'as soif). Une fois que tu réalises que c'est pas vraiment toi le souci mais un système familial, bah faut aussi avaler ce truc. En somme, tu comprends que tout a été articulé pour que ce soit toi qui prennes pour les soulager eux. Et que ce eux, c'est ta famille. Le cerveau aime pas trop prendre conscience qu'il a des racines de merde, des fondations de merde parce que ça fait bouger tous les murs de la baraque qui le font tenir debout. Une famille, c'est vital et il aime pas trop que tu viennes raturer son papier. Donc, ça la fout mal.

Ensuite, y a une autre étape bieeeeeeen chiante et bien dégueulasse : la collection de séquelles, de peurs, de honte, d'inaptitudes. Vivre dans un contexte de connards ne t'aide pas vraiment pour t'articuler de façon plus ou moins linéaire dans ce monde. Ce qui est logique, normal, bon sens pour ton voisin est parfois/souvent presque une énigme pour toi. Et crois-moi que tu vas la porter, cette putain de honte. Si si. Parce que tu penses que c'est toi, l'idiot. Tu ne penses pas "on ne m'a pas appris ça", non, tu penses "je suis trop con pour comprendre ça". Personne n'est venu te dire quelque chose de simple mais souverain : "Le système dans lequel tu as baigné t'a pris pour un con et tu te sens con et ce n'était absolument pas dans leur intérêt que tu réalises le dit système ; donc on ne t'a pas filé les clés".

C'est l'un des grands problèmes sur les divans des psys... tous les mots sont cliniques, presque neutres. Au fond, ça rationalise à mort mais ça vient pas soigner le coeur. Le coeur, parfois, a BESOIN d'être rencontré dans ce qu'il endure, ce qu'il ressent. Système familial dysfonctionnel ? Parents défaillants ? Parle haut et clair, mon cher. "Ce sont des putain de fils de pute qui t'ont fait du mal, qui ne pensent qu'à leur petite gueule tandis qu'ils payent des séances pour que je te babysitte pour faire leur job qu'ils sont incapbles de faire car ce sont des parents de merde qui, en somme, devraient avoir leur cul sur mon divan avant que tu ne poses le tien. Ils t'ont abandonnée, meuf. Mais ils se donnent bonne conscience et te délivrent un petit message de merde dans la même foulée : "tu es le problème, va chez le psy". Ce serait comme te déposer sur le bas-côté de la route avec un Fristi et un Mars et dire que ce n'est pas un abandon puisqu'ils ont pensé au cas où tu aurais un petit creux." Oui... ça aurait aidé, un psy un tantinet borderline et un peu punk dans son approche. Le coeur a besoin qu'on lui parle. Sauf que les psys ne parlent pas comme ça. Et si ça a son avantage, ça a également son côté bien pourri : à force de mots froids et plats, ça finit par te confiner dans des ruminations bien calibrées, souvent sans fin, où rien ne dépasse quand tout a débordé depuis longtemps.

Les cabinets des psys sont également peuplés de ce qui gouverne une société entière. Tout ce qui pue s'y trouve également. On aime pas dire que des parents sont vraiment des chiens, on est mal à l'aise avec cette image de mère froide et presque calculatrice, on aime pas trop les climats ; on préfère les actes. Encore aujourd'hui, pas mal de psys sont plus à l'aise quand il y a des actes que lorsque l'atmosphère est mortifère. Simplement parce que les atmosphères sont plus complexes à rendre concrètes. On tord des mots, on tord des actes. Sorti du contexte, un événement semble anodin mais si on compile, c'est l'avalanche de crasses. Et souvent aussi parce que les psys sont eux-mêmes parents. Les atmosphères demandent des réponses, questionnent chacun sur la signification d'un raté. Est-ce vraiment grave ou pas ? Quand il y a des gestes, on est directement dans la "preuve". Bien que, même quand il y en a, je ne t'apprends rien... là aussi, c'est délicat.

DONC, cher lecteur, le paysage n'est pas génial et le chemin à parcourir n'est pas vraiment easy easy.

Un des autres trucs bien merdiques est que tout ce bordel t'a bien scié les jambes. C'est fait pour que tu restes.... en te foutant dans la merde jusqu'au cou, ça leur permet à eux de filer relativement droit tout en pouvant te pointer du doigt : c'est toi qui es laid et stupide.

Pas eux.

Partir ou réaménager sa vie en ayant avalé ce postulat te met aussi devant quelque chose que tu sais depuis toujours mais que tu contournes longtemps : cet acte est la catharsis de tout ce merdier, l'instant T, ce moment cristallin où tu sais dans le fin fond de ton coeur qu'ils t'auront bouffé presque une vie entière, qu'ils ne t'auront laissé aucune aide et par-dessus tout que tu n'auras servi qu'à leur bon plaisir. Et cette petite nuance finale fait des ravages. Parce qu'il y a quelque chose de l'ordre d'un sadisme discret, silencieux, connu de tous et protégé de tous. Il y a cette fonction objectifiée de ta personne. Tu n'es pas une personne, tu SERS à quelque chose qui les soulage alors que ça te détruit et tout est mis en oeuvre pour te faire croire que c'est ce que tu mérites. Et à travers ces quelques lignes, il y a ce truc parfaitement sale et nauséabond qui te donne envie de gerber tout ton être. En filigrane, tu portes tout seul la honte de ce que tu as été pour eux.

Ce système dit "je ne t'aime pas, tu ne vaux rien, je me sers de toi jusqu'à l'usure totale". Le reste ? Poubelle. Et si tu as des choses bien, ils se les approprieront dans leur propre intérêt.

Oui... peut-être qu'il faut écrire pour pouvoir se relire. Relire une note triste à pleurer de quelqu'un qui a du mal à faire un choix dans une multitude de notes drôles, sympathiques, légères, empreintes d'auto-dérision, de réflexion, même mal écrites, de défauts mais de qualités aussi.

Peut-être qu'un jour, je finirai par hurler dans mon oreiller une bonne fois pour toutes. Peut-être que faire ça ici me foutra tellement la gerbe qu'un truc finira par s'enclencher à l'intérieur.

Ou, peut-être que le mécanisme est déjà en route.

Il n'y a rien de tel que d'écrire à la vue de tous à quel point on est vulnérable, pas fini, pas bien foutu parce qu'avant tout a été bien enfermé, bien à l'écart des autres, maquillé, tu, nivelé, lissé. L'écrire que pour soi, ça tourne en circuit fermé, ça reste entre soi et soi.

Bref, donc, c'est entendu. 

Tourniquet demain sur le front ! Brian sera RAVI !