16.4.26

The stars at night turned deep to dust


(Merci Petra Collins de m'avoir littéralement fourni l'intégralité du color scheme de ce blog grâce à cette photo alors que j'étais en train de flirter avec l'idée de foutre un fond noir et une écriture rouge avec des dessins de pentacles tellement ça me foutait la rage. Je pleure des couleurs hex et autres joyeusetés. Margaret, bah Margaret, je t'aime. PS : oui, je serai éternellement la relou de votre blogroll ! Forever and ever, vous voyez bien que j'insiste <3)

À mon avis, je vise clairement mes 40 ans sans vraiment me le dire. Un objectif avec des chiffres, un âge que je rends solennel uniquement dans l'intérêt de ma propre survie : quoi qu'il arrive, la douleur ne dépassera pas mes 40 ans ; il en est hors de question.

Quasiment une année pour avaler tout ce qu'il y avait à avaler.

On parle souvent de pardon, d'empathie et de compréhension à avoir pour ces autres afin de pouvoir avancer. Je suis absolument capable de le faire. Je pourrais écrire 15 notes à propos de tout ça, mais je n'en ferai rien. Car je pense que la guérison, la catharsis, dans ce cas de figure, n'a rien à voir avec eux, mais totalement avec moi. Que ce n'est pas quelque chose qui doit venir de moi et aller vers eux ; peu importe la forme que ça aurait eue.

Non, c'est quelque chose qui ne se passe plus qu'entre moi et moi concernant tout ce que j'ai compris, vu, accepté, avalé par belle ou par laide.

Peut-être que tous ces bons sentiments ne doivent en aucun cas être dirigés vers eux. Intellectuellement, oui. Émotionnellement ? Non. À mon sens, je dois tous me les réserver. Ne les adresser qu'à moi-même.

À cette gamine qui crevait de solitude à l'école, qui ne comprenait jamais pourquoi elle se sentait à la fois si différente et totalement coupée de tout le monde. À cette ado qui s'est dessinée autrement contre vents et marées et qui aura pris dans sa gueule toutes les tôles de bagnoles, toutes les clôtures, tous les câbles et autres clous dans la tronche dans un ouragan infernal. À elle, celle qui en est ressortie sonnée, fracturée, perdue, mais encore debout. À cette fille gavée jusqu'à la nausée la plus infecte de ce qu'il y a eu de pire chez chacun, la gerbe au bord des lèvres. À elle qui a cru toute sa vie qu'elle aurait dû être meilleure, plus gentille, différente, aimable, méritante.

Pour cette nana qui aura avalé au minimum 3653 Xanax en 10 ans.

Cette fille qui aura été chez un psychiatre, plusieurs psychologues et une sexologue. Qui, dans sa chute la plus dégueulasse, aura fait ce mouvement contre nature pour elle ; devoir vivre quand même et aller à l'hôpital en urgence, puis à l'hôpital de jour durant 1 an.

Il y avait une chose que je ne comprenais jamais malgré toutes ces choses faites : comment je pouvais à chaque fois me péter la gueule quand je me faisais chier à tenter de faire justement tout l'inverse ?! Je n'avais pas compris qu'une famille dysfonctionnelle me bouffait toute entière, contaminait systématiquement tout travail car je croyais encore cette idée folle, ce postulat que je pensais encore vrai : croire qu'ils seraient heureux de voir mes progrès et que j'étais le problème à régler. Je ne me suis jamais arrêtée pour me dire : "Peut-être que le souci est un système et non simplement une personne." En somme, ça a dévié toute une thérapie de son propre intérêt qui était de travailler sur moi-même en ayant compris d'où je viens dans le seul but de pouvoir mieux m'en défaire, peu importe la façon. J'ai tellement couru après leur approbation, le besoin d'être reconnue, qu'ils soient enfin contents de moi que j'ai tout partagé. Grave erreur monumentale. Autant donner un flingue chargé et leur dire qu'on est la cible. Bien entendu, aucun d'entre eux n'est venu me dire que le problème était plus relatif à un ensemble qu'à une seule personne. Que le rôle de cette personne est justement de porter tous les symptômes pour eux comme des valises trop lourdes qu'ils ne veulent pas se faire chier à traîner et qui leur appartiennent également, et qu'on a été le crétin qui avance trop lentement en traînant ce putain de poids à la con.

Le principe même de ce genre de famille est de ne jamais trahir ce principe.

Dans un univers si opaque, on ne se voit jamais dans les miroirs. On se définit sans cesse à travers ces regards méprisants, suffisants, teintés de rancœur, de craintes, et sans doute d'envie qu'ils s'empressent de transformer chez moi en immaturité, impulsivité, incohérence pour s'expliquer le fait qu'ils n'ont jamais eu le courage de faire ce que j'ai fait. Ils traduisent volontairement, bien qu'inconsciemment, ce qui peut bien sauver une personne hors de ce système. Parce que le machin est véloce ; il vaut quand même mieux être armé de colère, de ténacité, d'impulsivité pour secouer cette putain de cage quand on ne sait pas encore l'ouvrir. Jusqu'au jour où...

On comprend qu'on doit cesser de se définir à travers leurs yeux, ce qu'ils pensent, ce qu'ils font, ce qu'ils réussissent ou non. Qui voudrait se regarder à travers un système malade pour lui demander comment on va ? En vérité, au fond, on n'est pas trop con, on sait clairement comment on va : on est usé jusqu'à la corde, on avale méthodiquement des anxiolytiques pour contrer de façon artificielle ce qu'on peine encore à savoir faire par nous-mêmes, on passe des soirées en enfer, des nuits de cauchemars, des insomnies qui cisaillent un système nerveux en vrac, on s'épuise à tenter de comprendre ce qui nous échappe et ce qui est pourtant ultra clair : nous étions la blague dans leur histoire. On n'est pas ancré sur terre, le soleil ne nous réchauffe pas des masses, la nourriture manque de goût, les heures passent et rien ne change vraiment. Quelques moments de répit qui ne seront servis qu'à prendre un peu d'oxygène pour se taper ce travail ingrat qu'ils refuseront toujours de faire.

Jusqu'au jour où on commence à se dire que de penser uniquement à notre gueule telle la personne qui serait, selon eux, la plus narcissique et problématique de toutes est, en fait, le meilleur putain de bouclier qu'on puisse avoir et le plus grand coup de canif dans le contrat.

En fait, quand on se met à chier sur les conditions du contrat et qu'on le barbouille de merde jusqu'à le rendre illisible.

Il y a une chose que je subodore : j'ai été la colle, le ciment de cette famille à la con. Le truc qui a donné l'illusion à tous que chacun faisait mieux que moi, que c'était une famille relativement unie aussi longtemps que j'ai accepté les termes de ce foutu contrat bancal. Chacun a pu tranquillement se dire qu'il s'articulait très bien tout en me regardant patauger dans cet océan de douleur qui, pour eux, n'était pas le leur.

Arrêter de s'investir là-dedans les renvoie, finalement, à ce qu'ils sont quand je ne fais plus mon rôle.

J'ai peut-être été la personne la plus saine, assez forte, bien que bancale, parfois affreusement fragile, lucide, têtue, maligne, ayant assez de ressources en moi pour faire ce qu'ils ne feront jamais.

Ils ont confondu certaines choses : porter le beau costume de la société ne fait pas d'eux ce qu'ils se pensent être à l'intérieur.

Ça, c'est du théâtre, des acteurs qui confondent ce qu'ils sont avec ce qu'ils jouent.

J'ai fait pareil, mais mon rôle a été plus ingrat et sans doute plus proche de l'os.

Parce que je pense qu'il faut apprendre à compenser tout le mépris, l'ignorance, la suffisance, l'arrogance, les égos stratosphériques écrasés dans ma gueule, la condescendance, les abus d'autorité, la négligence et j'en passe pour s'en sortir ; histoire de rétablir un équilibre dans cet asymétrisme intrinsèquement dangereux.

On pense toujours n'appartenir à rien ni même à cette famille.

Alors que, finalement, on appartient à tout le monde sauf à eux.

Que la vie devant nous, elle, nous appartient aussi.
Que les mots gentils qu'on s'adresse rien qu'à soi sont sans doute plus vrais que chaque raté enduré auprès d'eux.
Que mon miroir reflétant les contours de mon corps et de mon visage vaut mieux que tout ce qui nage dans leurs regards à eux.
Que tenter de s'adapter à eux était principalement la raison pour laquelle je n'ai pas su m'adapter, me lier et me reconnaître ailleurs.

Que chaque mot tendre que je peux bien me dire aujourd'hui est plus fondamental que l'attente nourrie auprès d'eux. Chaque geste gentil de ma part sur mon corps est un câlin qui a été si souvent refusé, mais pourtant tellement mérité. Qu'adopter le moindre conseil bienveillant, même écrit dans un livre de cuisine ou dans un livre à 7,45 € acheté en solde m'amènera toujours plus loin qu'eux.

Mais tout ceci n'est possible que le jour où on arrête de croire que ce noyau familial est ce qu'on est ou sait mieux que nous ce qu'il nous faut.

Con à dire, mais c'est comme tenter petit à petit de foutre notre cerveau sur le mode avion en ce qui les concerne.

Je t'aime, petit frère, mais le rôle que tu joues me fait du mal.
Le jour où ce rôle t'explosera à la gueule, la grande sœur que je suis sera là pour te donner la main et t'aidera à reprendre ton souffle.

Car, crois-moi bien, je suis clairement ta GRANDE sœur et toi la victime bis repetita de ce cirque.
Je ne m'excuserai pas de ce que j'entreprendrai dans ma vie pour me sauver la gueule.
Tu n'es pas l'homme de la famille. Tu es un fils et un petit frère. L'homme de la famille était notre père, aussi bancal et destructeur a-t-il été, et il s'est suicidé il y a 19 ans.

Et c'est la seule chose que tu dois savoir ; le reste, c'est du foutage de gueule.

Quant à moi, je vais désormais me contenter de jouer le rôle de figurante dans ce bordel et carrément main character dans ma vie à moi.

14.4.26

You gotta fight for your right

Des choses se remettent un peu dans l'axe. Fini de quémander des ordonnances à distance à un médecin qui décide de déménager à Berlin-Ouest en foutant tout le monde devant le fait accompli (moi y compris) et qui fout tout le monde dans la merde (moi y compris).

Je me suis dit que c'était peut-être un signe de l'univers, qu'il fallait vraiment que je change de médecin et que je repense éventuellement mon traitement dans le même temps. Du coup, branle-bas de combat pour trouver la pépite. Finalement, j'ai trouvé un centre médical près de chez moi.

Et je suis RAVIE !

J'adore les centres médicaux qui, à mes yeux, ressemblent à des Club Med de la santé ou à un shopping mall où tu trouves tout sans t'égarer sur 18 chemins relous avec une journée qui finit plus par ressembler à une randonnée qu'autre chose. Tout est sur place, c'est super ! Je vais pouvoir errer du cabinet du généraliste vers le cabinet prise de sang en moins de 10m. C'est hyper bien pour les gens tout pétés dans mon genre, j'aime beaucoup !

Mon humeur oscille toujours un peu entre exaltation de piger des trucs et envie de vomir d'avoir pigé des trucs. J'imagine et j'espère fortement que mon cerveau saura, à un moment donné, trouver l'alternative saine pour chacun d'entre nous.

Dans le même ordre d'idées, je suis parvenue à un constat un peu étrange mais sans doute essentiel tandis que je faisais du forcing avec la secrétaire de mon désormais ex-médecin ; j'ai été beaucoup trop sympatoche durant la majorité de ma vie. Et je parle de la vraie putain de sympathie. Celle qui pense à n'être jamais en retard et qui mordra sur sa chique pour éviter de l'être, peu importe l'occasion. La fille qui écoute sans demander de retour, la fille qui prévoit les choses comme une petite maman pour tout le monde car je sais lire un contexte finement, celle qui n'a jamais voulu s'égarer de sa rigueur et de sa gentillesse parce que je sais ce que c'est que d'être le relou fucked up dans l'histoire de l'autre.

Ouais. M'enfin bon. J'ai surtout réalisé que j'étais un putain d'agneau à la con dans un monde de loups qui ont les crocs et qui n'hésitent pas une seconde avant de penser à leur gueule. Non pas que j'aie envie de devenir la connasse de l'année. Par contre, je pense que je vais rentrer dans cette nouvelle phase que je pense être plus équitable : être toujours une gentille mais savoir mieux imposer ma putain de voix quand il le faut ; oui, quitte même à devenir la petite relou dans l'histoire de l'autre.

Et surtout, essayer d'arrêter de me faire un ulcère quand les gens me chient dans la gueule. Beaucoup sont trop en train de planer into delulu avec une putain d'arrogance, condescendance et suffisance en faisant des nuits paisibles de 8h. Go fuck yourself.

Finalement, pour faire un lien avec ma note précédente, c'est pas plus mal de regarder l'avion se crasher sans plus trop lever le petit doigt. Un moment donné, je crois que j'ai quand même appris que si je ne pouvais pas piloter cet avion de merde parce que des branques tiennent absolument à le faire à ma place, je pouvais alors bien sangler ma ceinture, prendre de grandes inspirations dans le masque à oxygène avant d'avaler un Xanax et m'attendre au choc de façon plus sereine que ceux qui pensent qu'il n'y aura pas de bobo. 

Il y en aura.

Je peux contrôler ma ceinture de sécurité, c'est tout. Si des cons veulent se la jouer Top Gun sans savoir lire un tableau de bord, qu'il en soit ainsi.

Autre chose importante, chiante à souhait mais ultra vraie : on ne peut pas se battre à la loyale avec des gens bourrés de lâcheté. Ces crevards attendent toujours que tu tournes le dos pour te planter. Se battre avec un lâche, c'est se lancer dans une bagarre que lui gagnera quoi que tu fasses. Quand on est lâche, bah on est lâche. La seule méthode devant le lâche, c'est de camper sur nos positions, ne surtout pas y aller en full frontal et laisser le crétin incapable de vous affronter à la loyale râler dans son coin en s'enfonçant tout seul.

Ça arrive, parfois, que des gens qui s'imaginent au-dessus de vous, ou mieux que vous, fassent principalement de la merde de leur propre fait. Ça ne leur effleure jamais l'esprit qu'ils seraient, en réalité, les instigateurs de relations de merde. On leur a tellement fait comprendre que leur belle vitrine était bien rangée et proprette qu'ils n'ont jamais pensé que leurs poubelles commençaient à puer dans tout le quartier et filaient la gerbe à tout le monde.

Ma vitrine est naze, mais j'apprends à ranger mon arrière-salle, déboucher les chiottes et à vider ces foutues poubelles.

13.4.26

What happens to the heart


C'était sans doute inéluctable. Peut-être que j'ai toujours senti ça d'aussi loin que je me souvienne... Aucun enfant n'a envie de se ressentir comme étant un paquet arrivé sur le pas de la porte et dont il faudra s'occuper par belle ou par laide. Aucun enfant sur terre n'a envie de se sentir encombrant, gênant, pas à sa place, fautif, pénible.

L'enfant qu'il faut tolérer en serrant les dents.

On développe des trésors d'adaptation, on apprend à prendre 1000 détours avant de se rendre à l'évidence : votre propre personne, votre seule existence leur rappelle ce qu'ils sentent en eux-mêmes ; leur échec.

Personne ne deviendra plus aimable, plus tendre, gentil, doux, attentif, compréhensif, attentionné. Personne ne fera ces mouvements qui doivent normalement venir du coeur, de la chaleur.

C'était inéluctable.

J'allais tôt ou tard finir par me bouffer ce que j'ai toujours su au fond de moi. À 40 ans dans quelques mois, on a assez d'archives, d'années, de matière pour se retourner sur ce passé qui s'est étiré sans relâche. Les choses, avec le temps, ne deviennent pas toujours plus simples. Elles se clarifient par elles-mêmes. Plus simples ? Pas forcément. Avant, s'il fallait avaler de la confusion ; aujourd'hui, il faut avaler la réalité brute. Quand on crâme des ponts, des excuses, des doutes ; ça ne vous laisse plus qu'avec ce qui est et a toujours été. C'est à la fois ce qui vous sauve ou vous plombe.

Au fil des heures, on oscille.

Je tends vers la bonne humeur, un certain enthousiasme, une joie retrouvée que je pensais ne plus jamais ressentir quand je m'aperçois que ce que je comprends est avéré. Lorsque j'arrive à aligner des pièces du puzzle avec plus de facilité. Quand je me rends compte que ma situation (comme celle de milliers de personnes vivant la même) se résume à : "Comment être quelqu'un de meilleur pour être accepté par ma famille dysfonctionnelle ?". Aussi débile que ça puisse être, c'est exactement ce qui va nous bouffer durant des lustres. Jusqu'au jour où on se rend compte qu'on ne peut JAMAIS plaire à une famille dysfonctionnelle dans laquelle on joue le rôle de celui qui porte tout et à qui on reproche tout en sous-texte.

Ce serait comme se demander : "Comment être vegan et continuer de bouffer des animaux ?"

Ça n'a strictement aucun sens.

Là, on entre dans la phase où on a envie de gerber.

On dit qu'il faut savoir faire preuve de compréhension, de souplesse, de compassion, de pardon à l'égard de ceux qui nous ont fait du mal. On oublie souvent de dire que pouvoir expliquer, comprendre, pardonner n'est pas une injonction à fermer sa gueule, taire le passé, faire semblant que ça n'a jamais existé. Silencieusement, sournoisement, insidieusement, ma famille me demande de ne surtout pas avoir de séquelles lisibles. Évidemment, j'en ai tout un tas. Rien d'exotique, je suis un véritable textbook des ratés et des failles. Ma famille n'aime pas savoir que j'ai du mal à me faire des amis, que j'ai du mal à garder un emploi, que j'ai du mal à entretenir une relation. Ça les renvoie à ce passé qui colle comme un chewing-gum sous une godasse que rien ne déloge. L'ironie est que tant qu'une famille dysfonctionnelle pensera que le problème, c'est plutôt nous et pas trop le reste de ses membres, ça a tendance à prolonger le délire collectif -- et les séquelles.

Avec le temps, ce que j'ai tant essayé de sauver a fini ou est en train de se casser la gueule.

Je n'ai JAMAIS voulu nier ce qui m'est arrivé. J'ai gardé ma colère, ma confusion, finalement, comme des armes. Chacune dans un poing serré pendant qu'on me lessivait la gueule et le coeur. Peut-être que j'ai toujours senti que ces deux sentiments si farouchement gardés me paraissaient être des parcelles de réalité, de vérité. Deux sensations qui me gardaient la tronche hors de l'eau.

Longtemps, j'ai évité la moindre relation. Le problème n'était pas vraiment moi, ni même l'autre, d'ailleurs. C'était cette loi tacite de la parole interdite. Comment dire à cet autre ce qu'on est, ce qui nous a fait, d'où on vient, se définir dans sa complétude quand on est amputé de morceaux entiers de nous-mêmes qui expliquent tant de choses sur nous ?! Ces deux mondes, celui de ma famille et de cette personne dans ma vie, n'auraient pu se rencontrer tout en sachant la vérité ; la mienne. Et au final, la leur.

J'ai longtemps fait ma vie gouvernée par cette loi pour laquelle il n'y a, évidemment, aucune médaille pour vous remercier d'avoir tenu si longtemps sans rien dire.

En fait, j'ai l'impression d'être dans un avion dont je sais qu'il va se crasher et j'ai passé des années à hurler qu'un moteur est en rade, qu'une aile est en feu et que l'oxygène commence à manquer.

Aujourd'hui, j'ai la tronche collée contre le hublot et je regarde le sol se rapprocher toujours un peu plus tandis que je suis presque en train de siroter un bloody mary. Pas parce que je suis cool. Non, juste parce que je sais que ce putain d'avion n'a rien pour continuer de voler. Que je n'ai même plus envie de me fatiguer à indiquer des indices, etc. Donc, grosso merdo, je ferme ma gueule et je regarde le bordel arriver.

Et il arrive.

Mon frère m'adresse à peine la parole. Lui qui ne supportait pas que je lui demande de faire un effort pour faire la moitié du chemin, aujourd'hui, me reproche en silence de ne plus faire ma part. Au nom de quoi ? Mon frère a pris ma place quand j'ai fait ma dépression nerveuse carabinée-hôpital et tout le bordel. Soudain, on ne pouvait plus compter sur moi. C'est là que j'ai commencé à balbutier des mots durs, des parcelles de laid, des patterns passés sous silence durant des générations. Bon bah tu penses bien que tout le monde s'est dit : "Ouais bon, putain, crotte, quoi. La fille commence à être clairement démissionnaire". Et ce petit garçon, si souvent caché derrière moi, s'est empressé de courir vers la place vacante que ce système espérait voir à nouveau occupée. Et le gars a super oeuvré en ce sens.

Ce que je ne comprenais pas à l'époque, c'est que ma merde, au fond, ne le concernait pas. Enfin, si, ça le concerne, mais il veut pas que ça le concerne, car si ça le concerne, bah faut revisiter ce qu'on a toujours cru de ces personnes qui m'ont fait du mal donc, du coup, bah c'est chiant quoi, tu vois ? Donc, une fois que mon petit brûlot a commencé à sentir la fumée ; il a fallu tout recadrer sévère.

Et c'est ainsi que je suis devenue durant des années l'ombre de moi-même. Ce double mouvement de dépression (qui te nique quand même bien ton énergie et ta volonté) et mon frère qui se sent devenir l'Homme de la famille quand moi, avant, j'occupais la place du conjoint de substitution pour ma mère ; m'a bien éclaté la gueule. Non seulement j'étais sur les rotules moralement et physiquement, mais j'étais devenue naze pour garder mon mojo. Car quand ta famille se précipite quand tu es au bord du gouffre, tu penses connement : "Ouais bon, bah ils sont pas si pires, ils ont été là quand je me suis retrouvée au bord du gouffre."

Et là réside un putain de problème : être là uniquement au bord du gouffre et ne rien faire pour éviter de nous y conduire ; c'est un tour de passe-passe.

Et sur le moment, on y croit. Longtemps, très très longtemps. Puis un jour, on comprend que ces gens ne veulent surtout pas nous entendre parler de refonte des relations, des fondations, etc. Que ça les fait chier de regarder le caca.

Donc, non, mon frère ne se sent pas concerné. Pas son problème. N'a pas envie que ça le concerne. Et croyez-moi, je le comprends fort bien en partie. Et il est vrai que mon frère ne saurait pas tout sauver ; mais je ne lui ai jamais demandé ça non plus. Par ailleurs, aussi longtemps qu'il continuera d'être quelqu'un de mutique qui n'exprime rien de ce qu'il ressent, tout en étant encore dépendant de ma mère, ça ne va pas faire de lui ce frère qui devrait tendre la main vers moi. Cf. cette putain de place vacante qu'il occupe désormais bien comme il faut depuis que j'ai commencé à laisser tomber.

Le plus moche, c'est de s'asseoir sur ce qu'on aurait espéré différent. C'était coriace, pas facile, un peu scabreux, mais possible. Peut-être qu'un jour, ça le sera. Quand il se mettra à penser, j'imagine. À faire ce petit travail bien relou de lire les choses comme je le fais en ce moment et même avant.

Bref, voilà. Le laid, c'est de bien voir en quoi, justement, on dit système familial dysfonctionnel. Chaque membre a sa part. Pour le crétin qui aurait envie de hurler : "Bah du coup, la tienne ?". En fait, je connais profondément la mienne. J'ai assis mon cul bien assez longtemps chez des psys pour être tout à fait au courant de ce qui déconne chez moi. Mais voilà, aller chez un psy pour s'occuper de notre propre gueule ne sauve pas une famille entière. Évidemment, j'ai été ce crétin pendant un sacré paquet de temps.

Bref, le bloody mary en main et les glaçons qui fondent dans le verre ; je regarde l'absurdité de la trajectoire en écoutant Lofi Girl avec le casque vissé à mes oreilles.

C'est un désastre, ce sera un désastre.

C'est un désastre écrit depuis toujours.

Un jour, dans mon coeur, il n'y aura plus rien. Ce sera un lopin de terre dégarni, mal foutu, défoncé. J'ai arrêté d'arroser la merde, de vouloir planter des roses. Ça a gelé en hiver, brûlé en été et noyé à l'automne.

Mon printemps est un ailleurs.

Et eux ont trop pris mon coeur pour une litière de chat.

12.4.26

Love me tender

La journée a été plus tranquille que les précédentes. J'ai bien dormi et énormément bouffé. Comme si j'avais eu besoin de reprendre des forces et revenir à un calme relatif.

Comme toutes les personnes qui se farcissent une sorte de dépression bien cracra, telle Bella Swan assise devant sa fenêtre durant des mois, j'ai également du mal à décoller. Peut-être en partie parce que je sais que la sortie sera sans doute un peu brutale, et qu'il me faut en même temps adopter un autre rythme et dire adieu à certaines habitudes de merde bien ancrées.

Par exemple, celle d'écrire à 5 h 10 du matin alors que je suis censée dormir en faisant ma nuit.

C'est un bon indice de lose, ça.

10.4.26

Learning to fly


Je suis pour écrire dans un carnet et dans un autre en simultané. Pour en délaisser un et en préférer un autre. Ecrire la rosée du matin quand tout va bien et le vinaigre qu'on boit certains jours jusqu'à la lie pour un rien. Je suis à fond pour chialer dans les carnets, vomir les ombres. Ecrire ce qui nous hante et déchirer toutes les pages qui nous brûlent les doigts. Laisser des miettes dans le carnet et y renverser son café. Elaborer la liste des rêves, rater ses objectifs. Retirer une page et la plier pour la coincer dans la petite poche.

Je vis mon blog de la même façon, avec toutes mes humeurs de merde ou quand elles sont pleines d'humour. C'est un rapport viscéral, impulsif, immature, jovial, jusqu'au-boutiste, fracturé, mais beau aussi. Toute l'idée résidait là-dedans en démarrant ce blog, un truc qui "morfle" plutôt que ce qui m'entoure.

Bref, j'ai embrassé le rose, j'ai envoyé certaines notes pleines de bobos aller faire la sieste en brouillon. C'est bien, brouillon. En fait, c'était bien pour moi d'écrire le plus laid dedans mais les garder en ligne me donnait cette impression infecte de montrer mes cicatrices sur le bras de façon permanente alors qu'en vrai, je suis bien plus pudique à propos de tout ça. En tout cas, je porte pas mon bordel avec bravade.

Hier a été une journée franchement excellente ! Plein soleil, le printemps dans toutes les pièces (suis-je la seule à sentir le parfum de chaque saison ?! C'est une question réelle. Pour moi, chaque saison a une odeur très particulière). Ça permet d'atterrir, de prendre un certain recul, de calmer ce qui a filé un petit coup de jus.

(bon évidemment vu que c'est un con de pays, il pleuvra sans doute demain)

Partie faire les courses aujourd'hui. J'ai acheté cette connerie de Gameboy à 10 € (genre, la Gameboy ultra old-school, pas l'originale qu'on a eue lorsqu'on était enfants). J'ai vite compris qu'elle ferait des merveilles dans mes toilettes. Acheté de la bouffe comme si je nourrissais une famille de 4 personnes MAIS diantre, cette confiture aux poires fait partie des merveilles que je viens de découvrir.

Théoriquement, je suis censée retravailler en août. Ça doit encore se confirmer. Oui, je pense que ça me fera du bien de crâner tous les matins en maudissant ces fameux collègues qu'on déteste tous un peu (genre le super pote de la RH -- see what I mean ?!).

Vanessa Paradis en couverture du Harper's Bazaar ; tu penses bien que je n'ai pas réfléchi, ça a été direct dans mes bras. Dans la foulée, Adieu Soulayman de Bruno Guillot et FOX de Joyce Carol Oates. Tentative timide de m'y remettre mais au pire, si ça ne marche pas, il me reste encore les Martine de mon enfance (promis, je ferai des reviews sur Martine à la plage) (et quand j'écris ça, je sens déjà en moi que je serai capable, très paradoxalement, d'assurer dans ce genre de reviews car elles seraient forcément drôles et pourries --- putain, ça y est, mon esprit s'emballe devant les possibilités XD)

Studio 666 tourne en fond et des draps frais m'attendent ce soir après un bain de lavande.