(Merci Petra Collins de m'avoir littéralement fourni l'intégralité du color scheme de ce blog grâce à cette photo alors que j'étais en train de flirter avec l'idée de foutre un fond noir et une écriture rouge avec des dessins de pentacles tellement ça me foutait la rage. Je pleure des couleurs hex et autres joyeusetés. Margaret, bah Margaret, je t'aime. PS : oui, je serai éternellement la relou de votre blogroll ! Forever and ever, vous voyez bien que j'insiste <3)
À mon avis, je vise clairement mes 40 ans sans vraiment me le dire. Un objectif avec des chiffres, un âge que je rends solennel uniquement dans l'intérêt de ma propre survie : quoi qu'il arrive, la douleur ne dépassera pas mes 40 ans ; il en est hors de question.
Quasiment une année pour avaler tout ce qu'il y avait à avaler.
On parle souvent de pardon, d'empathie et de compréhension à avoir pour ces autres afin de pouvoir avancer. Je suis absolument capable de le faire. Je pourrais écrire 15 notes à propos de tout ça, mais je n'en ferai rien. Car je pense que la guérison, la catharsis, dans ce cas de figure, n'a rien à voir avec eux, mais totalement avec moi. Que ce n'est pas quelque chose qui doit venir de moi et aller vers eux ; peu importe la forme que ça aurait eue.
Non, c'est quelque chose qui ne se passe plus qu'entre moi et moi concernant tout ce que j'ai compris, vu, accepté, avalé par belle ou par laide.
Peut-être que tous ces bons sentiments ne doivent en aucun cas être dirigés vers eux. Intellectuellement, oui. Émotionnellement ? Non. À mon sens, je dois tous me les réserver. Ne les adresser qu'à moi-même.
À cette gamine qui crevait de solitude à l'école, qui ne comprenait jamais pourquoi elle se sentait à la fois si différente et totalement coupée de tout le monde. À cette ado qui s'est dessinée autrement contre vents et marées et qui aura pris dans sa gueule toutes les tôles de bagnoles, toutes les clôtures, tous les câbles et autres clous dans la tronche dans un ouragan infernal. À elle, celle qui en est ressortie sonnée, fracturée, perdue, mais encore debout. À cette fille gavée jusqu'à la nausée la plus infecte de ce qu'il y a eu de pire chez chacun, la gerbe au bord des lèvres. À elle qui a cru toute sa vie qu'elle aurait dû être meilleure, plus gentille, différente, aimable, méritante.
Pour cette nana qui aura avalé au minimum 3653 Xanax en 10 ans.
Cette fille qui aura été chez un psychiatre, plusieurs psychologues et une sexologue. Qui, dans sa chute la plus dégueulasse, aura fait ce mouvement contre nature pour elle ; devoir vivre quand même et aller à l'hôpital en urgence, puis à l'hôpital de jour durant 1 an.
Il y avait une chose que je ne comprenais jamais malgré toutes ces choses faites : comment je pouvais à chaque fois me péter la gueule quand je me faisais chier à tenter de faire justement tout l'inverse ?! Je n'avais pas compris qu'une famille dysfonctionnelle me bouffait toute entière, contaminait systématiquement tout travail car je croyais encore cette idée folle, ce postulat que je pensais encore vrai : croire qu'ils seraient heureux de voir mes progrès et que j'étais le problème à régler. Je ne me suis jamais arrêtée pour me dire : "Peut-être que le souci est un système et non simplement une personne." En somme, ça a dévié toute une thérapie de son propre intérêt qui était de travailler sur moi-même en ayant compris d'où je viens dans le seul but de pouvoir mieux m'en défaire, peu importe la façon. J'ai tellement couru après leur approbation, le besoin d'être reconnue, qu'ils soient enfin contents de moi que j'ai tout partagé. Grave erreur monumentale. Autant donner un flingue chargé et leur dire qu'on est la cible. Bien entendu, aucun d'entre eux n'est venu me dire que le problème était plus relatif à un ensemble qu'à une seule personne. Que le rôle de cette personne est justement de porter tous les symptômes pour eux comme des valises trop lourdes qu'ils ne veulent pas se faire chier à traîner et qui leur appartiennent également, et qu'on a été le crétin qui avance trop lentement en traînant ce putain de poids à la con.
Le principe même de ce genre de famille est de ne jamais trahir ce principe.
Dans un univers si opaque, on ne se voit jamais dans les miroirs. On se définit sans cesse à travers ces regards méprisants, suffisants, teintés de rancœur, de craintes, et sans doute d'envie qu'ils s'empressent de transformer chez moi en immaturité, impulsivité, incohérence pour s'expliquer le fait qu'ils n'ont jamais eu le courage de faire ce que j'ai fait. Ils traduisent volontairement, bien qu'inconsciemment, ce qui peut bien sauver une personne hors de ce système. Parce que le machin est véloce ; il vaut quand même mieux être armé de colère, de ténacité, d'impulsivité pour secouer cette putain de cage quand on ne sait pas encore l'ouvrir. Jusqu'au jour où...
On comprend qu'on doit cesser de se définir à travers leurs yeux, ce qu'ils pensent, ce qu'ils font, ce qu'ils réussissent ou non. Qui voudrait se regarder à travers un système malade pour lui demander comment on va ? En vérité, au fond, on n'est pas trop con, on sait clairement comment on va : on est usé jusqu'à la corde, on avale méthodiquement des anxiolytiques pour contrer de façon artificielle ce qu'on peine encore à savoir faire par nous-mêmes, on passe des soirées en enfer, des nuits de cauchemars, des insomnies qui cisaillent un système nerveux en vrac, on s'épuise à tenter de comprendre ce qui nous échappe et ce qui est pourtant ultra clair : nous étions la blague dans leur histoire. On n'est pas ancré sur terre, le soleil ne nous réchauffe pas des masses, la nourriture manque de goût, les heures passent et rien ne change vraiment. Quelques moments de répit qui ne seront servis qu'à prendre un peu d'oxygène pour se taper ce travail ingrat qu'ils refuseront toujours de faire.
Jusqu'au jour où on commence à se dire que de penser uniquement à notre gueule telle la personne qui serait, selon eux, la plus narcissique et problématique de toutes est, en fait, le meilleur putain de bouclier qu'on puisse avoir et le plus grand coup de canif dans le contrat.
En fait, quand on se met à chier sur les conditions du contrat et qu'on le barbouille de merde jusqu'à le rendre illisible.
Il y a une chose que je subodore : j'ai été la colle, le ciment de cette famille à la con. Le truc qui a donné l'illusion à tous que chacun faisait mieux que moi, que c'était une famille relativement unie aussi longtemps que j'ai accepté les termes de ce foutu contrat bancal. Chacun a pu tranquillement se dire qu'il s'articulait très bien tout en me regardant patauger dans cet océan de douleur qui, pour eux, n'était pas le leur.
Arrêter de s'investir là-dedans les renvoie, finalement, à ce qu'ils sont quand je ne fais plus mon rôle.
J'ai peut-être été la personne la plus saine, assez forte, bien que bancale, parfois affreusement fragile, lucide, têtue, maligne, ayant assez de ressources en moi pour faire ce qu'ils ne feront jamais.
Ils ont confondu certaines choses : porter le beau costume de la société ne fait pas d'eux ce qu'ils se pensent être à l'intérieur.
Ça, c'est du théâtre, des acteurs qui confondent ce qu'ils sont avec ce qu'ils jouent.
J'ai fait pareil, mais mon rôle a été plus ingrat et sans doute plus proche de l'os.
Parce que je pense qu'il faut apprendre à compenser tout le mépris, l'ignorance, la suffisance, l'arrogance, les égos stratosphériques écrasés dans ma gueule, la condescendance, les abus d'autorité, la négligence et j'en passe pour s'en sortir ; histoire de rétablir un équilibre dans cet asymétrisme intrinsèquement dangereux.
On pense toujours n'appartenir à rien ni même à cette famille.
Alors que, finalement, on appartient à tout le monde sauf à eux.
Que la vie devant nous, elle, nous appartient aussi.
Que les mots gentils qu'on s'adresse rien qu'à soi sont sans doute plus vrais que chaque raté enduré auprès d'eux.
Que mon miroir reflétant les contours de mon corps et de mon visage vaut mieux que tout ce qui nage dans leurs regards à eux.
Que tenter de s'adapter à eux était principalement la raison pour laquelle je n'ai pas su m'adapter, me lier et me reconnaître ailleurs.
Que chaque mot tendre que je peux bien me dire aujourd'hui est plus fondamental que l'attente nourrie auprès d'eux. Chaque geste gentil de ma part sur mon corps est un câlin qui a été si souvent refusé, mais pourtant tellement mérité. Qu'adopter le moindre conseil bienveillant, même écrit dans un livre de cuisine ou dans un livre à 7,45 € acheté en solde m'amènera toujours plus loin qu'eux.
Mais tout ceci n'est possible que le jour où on arrête de croire que ce noyau familial est ce qu'on est ou sait mieux que nous ce qu'il nous faut.
Con à dire, mais c'est comme tenter petit à petit de foutre notre cerveau sur le mode avion en ce qui les concerne.
Je t'aime, petit frère, mais le rôle que tu joues me fait du mal.
Le jour où ce rôle t'explosera à la gueule, la grande sœur que je suis sera là pour te donner la main et t'aidera à reprendre ton souffle.
Car, crois-moi bien, je suis clairement ta GRANDE sœur et toi la victime bis repetita de ce cirque.
Je ne m'excuserai pas de ce que j'entreprendrai dans ma vie pour me sauver la gueule.
Tu n'es pas l'homme de la famille. Tu es un fils et un petit frère. L'homme de la famille était notre père, aussi bancal et destructeur a-t-il été, et il s'est suicidé il y a 19 ans.
Et c'est la seule chose que tu dois savoir ; le reste, c'est du foutage de gueule.
Quant à moi, je vais désormais me contenter de jouer le rôle de figurante dans ce bordel et carrément main character dans ma vie à moi.




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