7.4.26

Ytilibarenluv fo tniop tsewol ym si siht feat. trigger warnings all over the place


 Écrire “famille dysfonctionnelle”, ça ne veut rien dire. C'est trop flou, trop soft. Ça fait famille qui déraille un peu mais avec une ambiance un peu funny pour qu'on n'abandonne pas l'histoire trop vite.

En vrai, ça donne :

  • Parents immatures, narcissiques, défaillants (comme les stars mais sans pratiquer un art)
  • Amour transactionnel, conditionnel (15 pages et écrit en tout petit comme les assurances ou les banques. Et ils gagnent toujours, comme les casinos à Vegas)
  • Climat incestuel (avec quand même une belle grosse dose de sexualité non demandée, inappropriée, bien dégueulante, c'était vraiment extra, j'ai vraiment bien aimé. Surtout quand on flirte avec l'idée de passer à l'action, ça ajoute du suspense)
  • Triangulation des relations dans toute la famille et dans la fratrie (pas de liberté, égalité, fraternité ! Laissons ça aux Français)
  • Les rôles du Golden Child et du Scapegoat attribués aux enfants et totalement interchangeables selon la météo du jour (faut savoir être versatile, c'est complexe)
  • Maltraitance psychologique (ça ne se voit pas quand tu vas à l'école !)
  • Abus (sansdéconner?!)
  • Maltraitance animale (au cas où tu te demanderais jusqu'où ça peut aller)
  • Abandon psychologique, émotif, physique (des crottes, t'es chiant, tchuss)
  • Menaces physiques et psychologiques (négociation et dialogue en rade)
  • Manipulation (idem)
  • Règne de la terreur (trame du film)
  • Chantage ("évidemmeeeeent", chantait France Gall)
  • Mensonges, omissions, non-dits, refoulements (“tu vas la taire ta gueule, ou je te fais bouffer la dune ?”)
  • Contrat tacite mais efficace (contrat appliqué depuis 15 générations, bonne chance à toi)
  • Rôles pas clairs, interchangeables, confus ; tout comme les règles d'ailleurs sinon on se fait chier (un peu comme une partie sauvage d'UNO)
  • Non-respect de l'intimité psychologique, intime, affective, sexuelle, corporelle (non aux frontières, oui à ton espace, merde à ce que tu penses)
  • Indifférence (faut penser pratique !)
  • Honte de la vulnérabilité, des émotions, de soi, de ce qu'on fait, ce qu'on croit (les émotions, c'est pour les poètes, viens pas nous faire chier)
  • Refus de la remise en question (faut encore penser pratique !)
  • Vérité enterrée (ouais bah ouais, pratique, on t'a dit)
  • Lâcheté et négligence (rien d'original là-dedans)

Comme c'est souvent le cas dans ces familles, il y a toujours bien un crétin qui va dénoter. Le petit gueux de la famille qui, paradoxalement, va très bien capter le bordel.

Bon, évidemment, tu penses bien, c'est à la fois son cadeau et son fardeau. M'enfin, note bien que quand t'es con et que tu gardes ta tronche dans le sable, tu passes quand même des nuits de 8 heures de sommeil assez paisibles. Tout est question de point de vue, même ici.

Tu l'auras sans doute deviné, je suis cette sale petite fouine de merde qui vient de te dépeindre sa propre famille dYsFonCtiOnNeLlE mais egalement de façon générale.

Mais il est vrai que je suis partie en vacances à la Côte d'Azur quand mes grands-parents embarquaient toute la famille chaque été durant 13 ans. Qu'on a bien mangé notre entrée, notre plat principal et ce délicieux dessert. Nous avons une multitude de photos de vacances où beaucoup n'iront jamais. Ma mère cuisinait tous les soirs un repas équilibré pour chacun avec de vrais aliments en nous tournant le dos toute la soirée pendant que mon père faisait des menaces de suicide. On bouffait des épinards et du veau pendant que mes parents se détruisaient la gueule à coups de vérités dégueulasses envoyées à la tronche de l'un et de l'autre sans que l'autre ne veuille l'entendre, avec un sujet préféré comme une petite voiture Hot Wheels qu'on se dispute tout en lui en foutant plein la gueule : MOI ! Qu'est-ce qu'on va faire de notre petite Regan MacNeil préférée sauce liégeoise ? Foutons-la chez les grands-parents qu'on ne supporte pas, go chez ce couple satanique avec notre petit satan tout blond. Grrr Grrr. Malheur, ces enflures font mieux que nous, allons détruire ce lien précieux qui fait qu'elle respire.

Bon après, ça a été enterrement sur enterrement.

Ça aurait pu être pire, j'aurais pu partir en vacances à La Panne et bouffer des raviolis en conserve. Je sais pas trop si j'aurais pu pardonner cette faute de goût, tu vois. Tu penses bien que je préfère la merde du haut que des pâtés de sable sur une plage grise avec des parents sortables. M'enfin, ils auraient pu être tout ça et j'aurais aussi pu manger le sable de La Panne, c'est pas faux. Et bouffer des conserves aussi. Y a toujours pire que soi. Ça, en revanche, c'est très vrai. D'ailleurs, les parents en question de ce genre de famille aiment bien te le rappeler. C'est le principe du “Heyyyy gamin, te plains pas trop avec ce que tu as. On sait jamais, ça pourrait être pire demain ou ailleurs si tu rêves trop”. C'est bien pensé, très malin, bien confectionné, bien naze comme il faut.

Par ailleurs, on retrouve dans ces familles le même concept que celui qui règne dans les sectes. Avec moins d'aliens, ou de Jésus chelou, ou d'apocalypse à une date précise. C'est moins funky en somme.

Évidemment, tout ceci ne tiendrait pas sans de véritables qualités. Le but, c'est que tu sois bien emmerdé pendant longtemps pour lire le caca. Blanche-Neige nous avait pourtant bien mis en garde avec ses putain de pommes à la con. Comme quoi, on peut bouffer tout Disney et quand même se faire arnaquer comme un bleu.

Après ça, faut aussi se faire chier avec toute la mécanique du cerveau qui est truffé d'easter eggs, de principes qui font “mmmh, oui, je vois où tu veux en venir mais malheureusement, tu dois vraiment passer par cette phase-là sinon tu seras pas assez fort pour supporter. Oui, je sais, ça te la fout mal et ça te bouffe du temps mais c'est ainsi”. Ce à quoi tu penses en bon gamer “rien à branler, balo ! Je vais te coller des cheat codes dans tous les sens”. Bon après, tu comprends que le cerveau avait bien raison pendant que tu comptes tes dents sur le plancher avec les morceaux de ton cœur. En fait, ça a la tronche d'un crash d'avion bien chiant pour le NTSB (oui, j'aime regarder Air Crash).

Le truc final, c'est quand tu comprends qu'en fait, ce que tu aurais mérité n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Un enfant placé à une frontière reste l'enfant de la frontière. Qu'il soit vilipendé ou non, c'est précisément cet ailleurs qui lui a permis de voir les choses avec la perspective qui manque au sein du foyer originel qui se cramponne à son entre-soi et ses non-dits.

Mon père a fait acte de contrition, et il a porté sa honte toute sa vie jusqu'à ce qu'elle le tue. Je pardonne plus volontiers les violences “chaudes” que les violences “froides”.

Par ailleurs, n'est pas le pire parent celui qu'on croit. Y a des tas de forêts qui peuvent se cacher confortablement et de façon très spacieuse derrière un seul arbre destroy.

Je sais pas pourquoi j'ai écrit tout ça ou pourquoi je me suis dit que je devais publier cette note. Peut-être parce qu'elle est laide et souvent aussi, très classique, parce que l'enfant chair à canon a souvent gardé une loyauté ahurissante envers cette famille qui, finalement, ne repose que sur la propension de la victime principale (disons bien les mots) à bien fermer sa gueule.

Parce qu'il a fallu 3 couches d'humour noir pour la torcher. Parce que chialer dans un bain en suffoquant, c'est vraiment de la merde à vivre mais nécessaire. Pleurer, c'est comme déboucher des chiottes, personne ne se foutrait de la gueule de quelqu'un qui débouche ses chiottes.

Parce que merde, parce que fuck it.

Parce que tout ce bordel a fait l'être bizarro que je suis.

Parce que toute la merde du haut inonde toutes les parcelles de la vie.

Et que quand on ne dit rien aux autres, on se noie dedans.

J'aurais pu faire plus subtil, plus nuancé, plus digeste.

Mais rien n'a été digeste.

Du moins, pas pour moi.


NB: merci à toi, personne inconnue, d'avoir lu ce festival du laid et du douloureux.