Hier, je reçois un message de mon frère m'annonçant une mauvaise nouvelle ; il chiale. Je lis, je chiale. Je réponds, il rechiale puis je rechiale. On s'envoie des émojis de fracassés.
Je me suis demandée si c'était pas complètement dingue, incohérent ou les deux. Pas vraiment. J'écris avec ma douleur, et sans doute toute la violence que j'ai ressentie dans le passé. En fait, quand j'y réfléchis, j'ai rarement vu des gens traverser leur petit périple casse-gueule qui nécessite de revisiter ce qui a blessé sans avoir de la colère ; et si c'est écrit, sans que ce soit rempli de cette hargne. Toute l'idée est justement de l'écrire pour éviter un geste stérile, malheureux et idiot : prendre son téléphone et déverser sa merde chez l'autre sans filtre. C'est pour ça que les proches n'ont jamais intérêt à lire les journaux intimes de ceux qu'ils côtoient. Il y a ce qu'on écrit de rationnel, d'émotionnel, et entre les deux, on essaye de bâtir un foutu pont. Une médiane équilibrée, selon moi. Enfin, je crois.
Je peux totalement être en désaccord avec un système -- dont je fais partie, d'ailleurs. Je peux ne pas aimer ce que ça entraîne. Ça ne veut pas dire que je n'aime pas les gens qui s'y trouvent. Car je les aime tous quand même, malgré tout, malgré eux et malgré moi : ma mère, mon frère et mon père.
Mon frère, c'est mon petit frère. On a grandi ensemble, on a vécu des choses ensemble. Je lui ai tenu la main quand la peur commençait à nous exploser à la gueule. J'ai aussi couru après lui au milieu de la route, sur une grande avenue, quand mon père avait décidé de nous faire sortir de la bagnole et de démarrer en trombe.
Tout comme mon frère a aussi constaté les dégâts, un jour, quand je suis revenue d'une sortie avec mon père.
On est deux gosses essayant de trouver un putain de chemin depuis l'endroit d'où on vient. Ça donne des effets de contraste, car chacun a été modelé d'une certaine façon, et autant lui que moi avons notre propre fonctionnement pas toujours bueno bueno pour y arriver. Néanmoins, à l'intérieur, y a ce lien qui sait.
Dans tout ce machin que j'ai écrit au fil des jours, mon petit cerveau n'a cessé de m'envoyer Vanessa Paradis en filigrane.
Parfois, mon cerveau fonctionne comme un foutu bibliothécaire qui me voit errer d'un rayon à un autre, parfois avec flair et d'autres fois comme une perdue. Donc, puisqu'il est pas con et qu'il a pigé comme je fonctionne, le bibliothécaire m'appelle et me dit : « Bon, je vois bien que là, tu patauges dans ton truc et t'arrives pas trop à savoir vers où aller. Voilà, je pense que telle œuvre pourrait t'intéresser. Par exemple Bliss de Vanessa Paradis, et aussi cette phrase d'une autre chanson de ses chansons : "L'amour, c'est retrouver toute son enfance"... Qu'en penses-tu ? »
Donc après, mon cerveau se met à cogiter là-dessus comme un forcené en bruit de fond permanent pendant que je fais ma vaisselle ou que je prends ma douche (bon, visiblement, quand je lave des trucs. Ça aurait intéressé Freud).
J'écoute mon bibliothécaire intérieur depuis un moment maintenant parce que je sais que 99 % du temps, bah il a raison. Avant, je ne comprenais pas pourquoi mon cerveau s'était créé ce pilier de comptoir dans ma tête, mais j'ai bien compris le procédé. S'il dit d'aller là, je dois aller là.
Du coup, je vais dans ma caisse en carton où se trouvent les rescapés de ma vie (parce que ma collection de CD et DVD a été décimée par le temps et par des choix cons) et je retourne tout jusqu'à tomber sur Bliss. Je ne sais même pas comment cet album, acheté en 2000 quand j'avais 14 ans, a pu survivre à l'ado bordélique que j'ai été, à la jeune adulte que j'étais, au déménagement vers mon premier appart, puis mon deuxième, et ensuite au déménagement jusqu'à cette maison, et me suivre dans tout mon bordel.
J'ai écouté Bliss.
Donc durant ce week-end, nous sommes en l'an 2000, je vis au Plan-de-la-Tour avec Vanessa et Johnny pendant que Lily Rose fait des gazouillis et ses premiers petits pas de bébé.
Il fait beau, les voisins s'occupent de leur jardin, ça sent le printemps. Les faisceaux du soleil traversent les persiennes des volets et font des ombres projetées contre le mur de ma chambre ; et j'ai bien compris que mon cerveau me chuchotait d'y aller doucement, de revisiter un peu le calme aussi.
Mes 14 ans, c'était pas fifou. Mais dans ma chambre, quand tournait ce disque jusqu'à l'épuisement, effectivement, c'était le calme entre ces 4 murs. J'étais une petite ado qui pensait que secrètement, peut-être plus grande, j'aurais des gosses et que je serais mariée à un semblant de Johnny Depp en bouffant des olives, fumant des clopes tout en m'abreuvant de pastis, d'eau, de vin ou de rosé au soleil. J'avais des rêves presque simples.
J'ai 39 ans et je garde tout un tas de paquets de clopes chez moi depuis 2 ans, dans toute la baraque, bien que je n'en fume plus aucune ; je vape avec mon semblant de sagesse auquel je suis mariée tout en le menaçant de divorce toutes les 3 semaines, mais ça tient bon quand même. No kids sauf le mien intérieur.
Je pense acheter des olives pour égrener ce week-end et chanter en chœur avec Vanessa.
Sage décision.
Bref, merde à 2026.
Et vive l'an 2000 durant 3 jours.
***
Sur un sujet plus con, je suis contente du design de mon blog, car ça a été une lutte. Outre le fait que je commence à me dire que j'aurais dû suivre des études en infographie (visiblement, j'aime cliquer à tout va, les couleurs et passer un temps bête incroyable devant un écran) ; je suis contente du résultat malgré Blogger et surtout la malédiction des férus du design : la différence de couleurs parfois possible entre PC et téléphone et, diantre, ça peut être drastique. Mais, au bout de grosso merdo 23 designs depuis 3 mois et demi, disons que j'ai trouvé ma médiane. J'ai enfin pu implanter plein de choses que j'aime et qui ont aussi placardé tous mes anciens blogs durant euh 20 ans, même quand ils étaient en privé. Aimant plein de choses parfois radicalement différentes, c'est parfois compliqué de faire un condensé de tout ça. Mais je suis contente et surtout, SURTOUT, d'avoir retrouvé ces images de squelettes avec des fleurs (merci dieu pinterest -- donc maintenant faut pas que j'en colle 72. C'est pas gagné.) ! J'étais tombée sur une de ces images y a 15 ans environ (celle en dessous de Swift, colonne droite) et j'avais adoré ! Je serais capable d'acheter un livre entier de ce genre d'images tellement ça me parle ---- oui, j'ai un truc avec la mort/squelette et fleurs ; j'adorerais le Mexique (j'adore déjà Frida). Bref, je suis contente. J'ai besoin d'avoir mon cocon, un truc où je me sens vraiment chez moi. Comme quoi, j'ai su faire un compromis. À la base, je voulais faire des aplats de rose et de kaki (ça me rappelait vraiment mes études en arts plastiques), mais selon si on est sur PC ou téléphone, ça donnait un truc absolument très joli ou alors vert criard et saumon périmé depuis 3 semaines -- et je ne pouvais pas vivre en vous faisant saigner des yeux, et encore moins les miens, faut pas déconner. Mais Petra a tout sauvé !
Pour autant, je garde la tradition d'être la relou de votre blogroll, c'est essentiel.
À part ça, là tout de suite, j'en suis aussi là et là.
(Oui, je suis carrément pour recycler des vieilles notes telle une artiste qui te refourgue sa vieille chanson remixée sur son nouvel album. Gain de temps non négligeable.)
Là, y a juste Vanessa, des olives, des tampons et des poignées d'ibuprofen en plus que je bouffe comme des pistaches. Quel bel apéro !
Bref, bon week-end, les gens ! <3
